samedi 6 juin 2026

6ème étape Pré en Pail - St Léonard des Bois - 28,8 km - 7h

Contrairement aux idées reçues qui imaginent l'Ouest de la France totalement plat, le nord de la Mayenne surprend par son relief. En traversant le Mont des Avaloirs, le point culminant de l'Ouest (416 mètres), le randonneur pénètre dans l'Armorique profonde. Les sentiers y sont parfois escarpés, serpentant à travers des forêts denses (comme celle de Pail) et des landes de bruyères. C’est une Mayenne sauvage, aux airs de petite montagne, où l'air est vif et les panoramas s'étendent à des kilomètres.




Passant au pied du Mont des Avaloirs, un belvédère me tend ses marches pour grimper toujours plus haut et admirer le panorama à 360 degrés.

Comme disait ma grand-mère, montes la-dessus, tu verras Montmartre. Mais par ce temps très nuageux, je n’ai vu ni Montmartre, ni le Mont St Michel.



Dès les premiers pas, la forêt de Multonnel s'ouvre comme un sanctuaire de contrastes et d'harmonies, où deux mondes végétaux s'entrelacent pour composer une symphonie silencieuse.

À perte de vue, le décor est dicté par cette alliance singulière entre le pin et le chêne. Au sol, le tapis de feuilles rousses et craquantes des chênes se mêle à la couche souple et odorante des aiguilles roussies. Chaque pas libère un parfum boisé, l'essence résineuse et solaire du pin se mariant à l'odeur de terre humble et de mousse ancienne exhalée par le chêne.

Le regard est d'abord invité à s'élever. Les pins, élancés et fiers, s'élancent vers le ciel comme des colonnes de temple. Leurs troncs rougeâtres et rugueux captent la lumière, tandis que leurs cimes persistantes filtrent les gouttes de pluie transformant la lumière du jour en un voile gris. Ils incarnent la fluidité, le mouvement léger, murmurant au moindre souffle de vent un chant qui rappelle le bruit des vagues lointaines.

À leurs côtés, les chênes imposent une tout autre présence. Ancrés, noueux, séculaires, ils déploient leurs branches tortueuses comme des bras protecteurs. Leurs écorces sombres et profondément gercées racontent le temps long, la patience et la force brute. Si le pin est un souffle, le chêne est une certitude. Il offre un abri à la faune, un dôme de verdure aux nuances changeantes, du vert tendre au bronze profond.

Dans cette marche, le temps semble ralentir. L'air est frais, purifié par les essences balsamiques des résineux. Le silence n'est jamais vide : il est habité par le craquement d'une brindille, le vol discret d'un geai des chênes, ou le frémissement des feuilles. Entre la verticalité lumineuse des pins et la majesté terrestre des chênes, on trouve un équilibre subtil, une invitation à la paix intérieure, et marchant au rythme d'une nature à la fois immuable et vivante.







Une pause de midi est la bienvenue. La chapelle de Ravigny, du X̌IIème siècle, dans ce petit village de deux cents âmes, semble m'ouvrir ses bras avec son muret de clôture exposé plein sud afin de profiter des premiers rayons de soleil de la journée. 




C’est un lieu de rendez-vous des pèlerins. En effet deux pèlerines y font également une halte, venant du Mans vers le Mont St Michel, passant par le nord et Bagnoles de l’Orne.



Puis chacun part de on côté, moi vers St Céneri le Gérei, "plus beau village de France".

Niché au cœur des Alpes Mancelles, dans un méandre de la Sarthe, le village de Saint-Céneri-le-Gérei s'impose comme un lieu d'inspiration intemporel. Ce site sauvage et pittoresque a fasciné les peintres du XIXe siècle (comme Corot ou Courbet) avant de devenir un jalon incontournable du tourisme de nature et de patrimoine.














8 km pour s’appprocher de Saint-Léonard-des-Bois par le fil de la Sarthe, c’est s’engager dans un voyage où le paysage se fait poésie, une transition subtile où la douceur bocagère cède la place à la majesté secrète des Alpes Mancelles.

​Le cheminement commence par la contemplation de l'eau. La Sarthe, qui serpente avec une lenteur majestueuse, devient le fil d'Ariane du randonneur. Ici, le fleuve n'est pas un simple cours d'eau, c'est un miroir mouvant qui reflète le ciel et les rideaux de saules pleureurs. Le murmure du courant compose une mélodie discrète, une invitation au ralentissement. 





Mais je ne croyais pas si bien dire en parlant ralentissement. Sur le bord du chemin, un petit gîte et 3 couples encore tardivement à table pour fêter des anniversaires. Me voyant passer, ils m'invitent à  partager leur fin de repas. Ne jamais dire non. J’ai pu goûter à leur plateau de fromage accompagné de deux magnifiques vins rouges différents. Vient ensuite une part de gâteau à la fraise. Le café, mais pour qu’il ne sente pas seul, j’ai eu le droit de goûter à  un petit Cointreau "noir" qu’on ne trouve pas dans le commerce et un "coureur des bois" à la crème d'érable venu spécialement du Canada. 



A propos de "coureur des bois", repartant après  deux heures de randonnée gourmande, surtout gourmande, pas très randonnée, j'avoue que j'étais reboosté pour finir mon étape au camping municipal de St Léonard des Bois.













Etape : 28,8 km

Cumul : 149,5 km



12 ème étape - St Jean sur Mayenne - Laval - 11 km - 3 hl

​Le périple touche à sa fin, mais le chemin ne s'éteint pas ; il s’apaise. En quittant Saint-Jean-sur-Mayenne, je retrouve le rythme len...